Surmonter les perturbations, transformer la réponse du Canada au VIH

Chaque année, le 1er décembre, la Journée mondiale de lutte contre le sida nous invite à faire une pause, à réfléchir et à nous réengager. C’est un moment pour honorer les millions de vies perdues et célébrer la résilience des personnes vivant avec le VIH.
Mais c’est aussi un appel à l’action — un rappel que le progrès n’est jamais garanti.
En 2025, ce rappel est plus pertinent que jamais.
Les priorités politiques changeantes et les lois de plus en plus répressives dans le monde perturbent les efforts de prévention et de traitement du VIH, sapant les avancées durement acquises. Les services dirigés par la communauté — cœur de toute réponse efficace au VIH — sont marginalisés, sous-financés ou contraints d’opérer dans des environnements de plus en plus hostiles.
Ces tendances internationales résonnent fortement ici au Canada. Plus tôt ce mois-ci, Réalise, aux côtés d’organisations du secteur canadien du VIH, a exhorté le gouvernement fédéral à utiliser le budget 2025 pour démontrer un engagement clair afin d’inverser ces tendances dangereuses, tant au niveau national qu’international. Nous avons plaidé pour des investissements ciblés, des politiques centrées sur les droits humains, un soutien significatif aux initiatives dirigées par les Premières Nations et un financement renforcé des programmes communautaires.
Pourtant, le budget 2025 a apporté de l’incertitude plutôt que de la clarté. Or, l’incertitude est en soi une forme de perturbation.
L’ONUSIDA a été claire : le monde est à la croisée des chemins. Le sida n’est pas terminé. Les services de prévention sont interrompus dans les régions les plus touchées par le retrait des bailleurs de fonds mondiaux. Les obstacles juridiques et sociaux — criminalisation et stigmatisation liées aux relations entre personnes de même sexe, à l’identité de genre, au travail du sexe et à la consommation de drogues — rendent les services VIH inaccessibles alors même que les besoins augmentent.
La directrice exécutive de l’ONUSIDA, Winnie Byanyima, a émis un avertissement qui devrait également servir de guide : « En temps de crise, le monde doit choisir la transformation plutôt que le repli. »
La transformation exige du courage, de l’investissement, de la volonté politique et de la responsabilité. Le Canada devrait contribuer à diriger cette transformation — pourtant, il s’est engagé à verser 16 % de moins au renouvellement du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme que lors de la période de financement précédente. Alors que le monde a besoin d’une action collective, le Canada envoie un signal de retrait.
À l’échelle nationale, la situation est tout aussi préoccupante. Le Canada est le seul pays du G7 où les taux d’infection au VIH continuent d’augmenter, sans plan clair pour inverser cette tendance. Les communautés ont besoin de clarté, d’investissements et de stabilité pour répondre efficacement. Le budget 2025 n’offre toutefois aucun de ces éléments :
- Aucun engagement pour renforcer les programmes nationaux sur le VIH.
- Aucune garantie que les innovations essentielles — comme l’autodépistage du VIH, les outils de prévention à action prolongée, la réduction des risques culturellement sécuritaire et le soutien par les pairs — recevront un financement durable.
L’ambiguïté et l’apathie ne favorisent pas une prévention efficace du VIH et ne respectent pas les engagements du Canada en matière de droits humains. Au contraire, elles risquent de produire l’effet inverse.
L’ONUSIDA souligne que les services dirigés par la communauté sont indispensables. Ce sont ces services qui atteignent les personnes les plus à risque de contracter le VIH et d’avoir des résultats de santé défavorables : celles confrontées à la stigmatisation, à la criminalisation, au racisme ou à la pauvreté ; celles vivant avec des invalidités épisodiques ; celles qui doivent naviguer dans des systèmes qui ne sont pas conçus pour elles.
Réalise se situe à l’intersection unique du VIH, de l’invalidité et des droits humains. En plus de soulever des incertitudes sur la durabilité de la réponse au VIH, le budget 2025 a également posé des questions sur les investissements dans la communauté des personnes vivant avec une invalidité — préoccupations ayant des implications majeures pour les personnes vivant avec le VIH et d’autres invalidités épisodiques. Ce qui inquiète particulièrement Réalise et les communautés que nous servons, c’est le langage voilé sur les « objectifs d’économies » et les « changements de financement » au sein d’Emploi et Développement social Canada — notre principal bailleur de fonds — ainsi que la mention explicite d’une « recalibration de ses programmes et de sa manière de les livrer ». Aucune indication n’est donnée sur les programmes d’invalidité qui pourraient être réduits.
Sans soutien financier adéquat, systèmes accessibles et consultation significative avec les organisations dirigées par des personnes vivant avec une invalidité, les personnes vivant avec le VIH et une invalidité resteront exclues d’une pleine participation sociale et économique.
Mettre fin au sida nécessite de mettre fin à l’exclusion des personnes vivant avec une invalidité. La transformation exige l’intégration — et non des politiques cloisonnées.
Réalise poursuit des travaux transformateurs et éclairés par la communauté, favorisant le bien-être des personnes vivant avec le VIH et vieillissant avec des invalidités épisodiques, en s’attaquant aux inégalités sociales plus larges.
En Ontario, près de 40 % des personnes âgées vivant avec le VIH vivent sous le seuil de faible revenu. Beaucoup doivent faire des choix impossibles entre nourriture, médicaments, logement et besoins essentiels. La transition des prestations provinciales pour invalidité vers les programmes fédéraux de retraite à 65 ans intensifie souvent cette vulnérabilité.
Pour répondre à cette insécurité financière, Realize a développé des outils pratiques pour les membres de la communauté et les prestataires de services, et lancera la fiche de référence rapide “Naviguer dans les prestations à 65 ans”. Cet outil synthétique vise à soutenir le personnel de première ligne et à renforcer l’autonomisation financière dans le cadre des soins liés au VIH.
Conçu dans le cadre du projet Autonomisation financière pour un vieillissement sain avec le VIH et basé sur les retours d’organisations communautaires en Ontario, cet outil aide les prestataires à :
- Comprendre les changements d’admissibilité aux prestations à 65 ans.
- Comparer en quelques secondes les soutiens de revenu et les prestations de retraite.
- Guider les clients dans la transition des prestations, étape par étape.
- Réduire la confusion, prévenir la désinformation et améliorer l’accès aux soutiens financiers pour les personnes vieillissant avec le VIH.
La sécurité financière n’est pas séparée des soins liés au VIH. Elle constitue le fondement de la dignité, de la stabilité et du vieillissement en santé. Les prestataires le confirment à travers la province : « Le système est compliqué. Les clients sont anxieux. Nous avons besoin d’informations claires et fiables. »
Aujourd’hui, pour la Journée mondiale de lutte contre le sida, nous réaffirmons qu’une réponse au VIH transformée doit inclure protection sociale, sécurité du revenu et outils qui autonomisent à la fois les prestataires et les communautés qu’ils servent.
Même dans un contexte d’incertitude politique, nos travaux sur l’autonomisation financière aident les individus à naviguer dans l’insécurité de revenu ; notre projet PANACHE recueille des informations sur les besoins actuels et anticipés en soins de santé des personnes âgées vivant avec le VIH au Canada, ainsi que sur leurs besoins sociaux et leurs préférences pour soutenir une élaboration de politiques fondée sur des données probantes ; nos ressources SHOP renforcent l’alphabétisation sexuelle et l’autonomie des adultes plus âgés ; et le projet SHINE identifie les obstacles rencontrés par les organisations communautaires qui limitent leur capacité à répondre aux besoins liés au VIH, VHC et ITSS des adultes plus âgés et des personnes vivant avec une invalidité au Canada. Ces initiatives incarnent l’approche centrée sur les droits humains que le Canada doit promouvoir.
En cette Journée mondiale de lutte contre le sida 2025, Réalise appelle le gouvernement du Canada à faire preuve du leadership politique nécessaire pour répondre à ce moment : un leadership aligné sur les normes mondiales en matière de droits humains, qui investit dans les communautés, protège les personnes vivant avec le VIH et d’autres invalidités épisodiques, et s’attaque aux inégalités structurelles qui alimentent de nouvelles infections.
Nous pouvons encore atteindre l’objectif mondial de mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030 — mais seulement si nous agissons avec urgence, clarté et engagement indéfectible.
Les perturbations peuvent être surmontées.
La transformation est encore possible.
Mais seulement si nous la choisissons — maintenant.
